Le développement des aménagements extérieurs dans les propriétés privées soulève des questions juridiques complexes au carrefour du droit de l’urbanisme et du droit de l’environnement. La pergola, structure d’agrément de plus en plus prisée par les particuliers, peut dans certaines configurations constituer une atteinte à l’environnement selon la jurisprudence administrative française. Cette tension entre aménagement privé et préservation de l’environnement génère un contentieux croissant devant les juridictions. L’analyse des décisions rendues révèle la nécessité d’un équilibre entre les aspirations des propriétaires et les impératifs de protection environnementale inscrits dans notre ordre juridique.
Cadre juridique applicable aux pergolas : entre droit de l’urbanisme et droit de l’environnement
L’installation d’une pergola est soumise à un encadrement juridique qui varie selon ses caractéristiques techniques et son emplacement. Ce cadre normatif s’articule autour de deux branches du droit qui entretiennent des rapports étroits : le droit de l’urbanisme et le droit de l’environnement.
D’une part, le Code de l’urbanisme distingue différents régimes d’autorisation selon la nature de la construction. Pour les pergolas dont l’emprise au sol ou la surface de plancher est inférieure à 5 m², aucune formalité n’est requise, sauf dispositions contraires du Plan Local d’Urbanisme (PLU). Entre 5 et 20 m², une déclaration préalable suffit généralement. Au-delà de 20 m², un permis de construire devient nécessaire, conformément aux articles R.421-1 et suivants du Code de l’urbanisme.
D’autre part, le Code de l’environnement impose des contraintes supplémentaires dans certaines zones protégées. La loi Littoral (article L.121-1 et suivants du Code de l’urbanisme), la loi Montagne, les dispositions relatives aux sites classés (article L.341-1 et suivants du Code de l’environnement) ou encore celles concernant les zones Natura 2000 (article L.414-1 et suivants) peuvent restreindre considérablement la possibilité d’installer une pergola.
La jurisprudence administrative a progressivement précisé les contours de cette réglementation. Dans un arrêt du Conseil d’État du 31 mars 2017 (n°393894), les juges ont considéré qu’une pergola pouvait être qualifiée d’extension de l’habitation principale, soumettant ainsi sa construction aux règles applicables aux extensions dans les zones concernées. Cette qualification peut avoir des conséquences majeures dans les zones protégées où les extensions sont strictement encadrées.
Le principe de non-régression du droit de l’environnement, consacré à l’article L.110-1 du Code de l’environnement par la loi pour la reconquête de la biodiversité de 2016, renforce cette protection en interdisant toute évolution législative qui conduirait à diminuer le niveau de protection environnementale. Ce principe influence l’interprétation des textes par les juridictions administratives lorsqu’elles examinent la légalité des autorisations d’urbanisme délivrées pour des pergolas.
Spécificités locales et réglementations particulières
La dimension locale de la réglementation ne doit pas être négligée. Les PLU peuvent contenir des dispositions spécifiques concernant l’implantation des pergolas, notamment en termes d’aspect extérieur, de hauteur ou de distance par rapport aux limites séparatives. De même, les règlements de copropriété ou les cahiers des charges de lotissement peuvent imposer des contraintes supplémentaires.
Dans les secteurs sauvegardés ou les aires de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine (AVAP), l’avis de l’Architecte des Bâtiments de France (ABF) est requis, ajoutant une couche supplémentaire de contrôle administratif. Cet avis peut être contraignant et conditionner la délivrance de l’autorisation d’urbanisme.
Les atteintes potentielles à l’environnement liées aux pergolas
L’impact environnemental d’une pergola peut sembler négligeable à première vue, mais l’analyse juridique révèle plusieurs formes d’atteintes potentielles qui justifient l’encadrement strict imposé par le législateur et les autorités administratives.
La première forme d’atteinte concerne l’artificialisation des sols. Les fondations nécessaires à l’installation d’une pergola, même modestes, contribuent à l’imperméabilisation des surfaces naturelles. Ce phénomène perturbe le cycle hydrologique naturel en empêchant l’infiltration des eaux pluviales, ce qui peut accroître les risques d’inondation et réduire la recharge des nappes phréatiques. La loi Climat et Résilience du 22 août 2021 a renforcé la lutte contre ce phénomène en fixant l’objectif d’absence de toute artificialisation nette des sols à l’horizon 2050.
Une deuxième préoccupation concerne l’impact paysager. Dans les zones à forte valeur paysagère, l’installation de structures artificielles peut altérer significativement la qualité visuelle des sites. La Convention européenne du paysage, ratifiée par la France en 2006, reconnaît le paysage comme composante fondamentale du patrimoine culturel et naturel de l’Europe. Sur le plan national, les articles L.350-1 et suivants du Code de l’environnement organisent la protection des paysages remarquables.
Les tribunaux administratifs ont eu l’occasion de se prononcer sur cette question. Dans un jugement du Tribunal administratif de Nice du 7 novembre 2019 (n°1704275), les juges ont annulé un permis de construire pour une pergola située dans une zone littorale protégée, estimant que l’ouvrage portait atteinte au caractère remarquable du paysage environnant.
Une troisième dimension concerne l’impact sur la biodiversité. Les pergolas peuvent affecter les corridors écologiques et les habitats naturels, particulièrement lorsqu’elles sont équipées de systèmes d’éclairage qui perturbent la faune nocturne. La réglementation relative à la trame verte et bleue, issue des lois Grenelle, vise justement à préserver ces continuités écologiques.
Enfin, certaines pergolas comportent des matériaux polluants ou dont la production génère d’importantes émissions de gaz à effet de serre. Les pergolas en PVC, par exemple, contiennent des additifs chimiques potentiellement nocifs pour l’environnement. Les matériaux composites peuvent contenir des résines difficilement recyclables. La responsabilité élargie du producteur (REP), principe inscrit à l’article L.541-10 du Code de l’environnement, cherche à responsabiliser les fabricants quant à la fin de vie de leurs produits.
Jurisprudence notable concernant l’impact environnemental
La Cour administrative d’appel de Marseille, dans un arrêt du 20 janvier 2022 (n°20MA01453), a confirmé le refus d’une déclaration préalable pour une pergola dans une zone naturelle protégée, considérant que l’installation, bien que légère, était susceptible de porter atteinte aux caractéristiques naturelles du site. Cette décision illustre l’approche stricte adoptée par les juridictions administratives lorsque des enjeux environnementaux sont identifiés.
De même, le Conseil d’État, dans sa décision du 15 octobre 2020 (n°432325), a rappelé que l’installation d’équipements même démontables peut constituer une atteinte à l’environnement si elle modifie durablement l’état ou l’aspect des lieux dans un site classé.
Réglementation spécifique dans les zones sensibles et protégées
L’installation d’une pergola dans une zone sensible ou protégée est soumise à des contraintes particulièrement strictes qui traduisent la volonté du législateur de préserver ces espaces fragiles ou remarquables. Ces restrictions résultent d’une superposition de normes juridiques qui forment un maillage protecteur dense.
Dans les espaces proches du rivage, la loi Littoral impose des limitations drastiques. L’article L.121-13 du Code de l’urbanisme prévoit que l’extension de l’urbanisation doit être limitée, justifiée et motivée. La Cour administrative d’appel de Nantes, dans un arrêt du 8 avril 2016 (n°15NT00444), a jugé qu’une pergola couverte pouvait être qualifiée d’extension de l’urbanisation, même si elle n’était pas entièrement close. Cette qualification entraîne l’application des restrictions prévues par la loi Littoral.
Dans les espaces remarquables du littoral identifiés en application de l’article L.121-23 du Code de l’urbanisme, l’installation de pergolas est généralement prohibée. Seuls certains aménagements légers listés à l’article R.121-5 peuvent y être autorisés, à condition qu’ils soient nécessaires à leur gestion, à leur mise en valeur notamment économique ou, le cas échéant, à leur ouverture au public.
Les sites classés ou inscrits au titre des articles L.341-1 et suivants du Code de l’environnement bénéficient d’une protection renforcée. Dans un site classé, toute modification de l’état ou de l’aspect des lieux est soumise à autorisation spéciale délivrée selon les cas par le ministre chargé des sites ou le préfet de département. Pour une pergola, cette autorisation est généralement difficile à obtenir, sauf si l’installation présente un caractère réversible et un impact paysager minime.
Dans les parcs nationaux, la réglementation varie selon que l’on se trouve dans le cœur du parc ou dans l’aire d’adhésion. Dans le cœur, régi par les articles L.331-4 et suivants du Code de l’environnement, les travaux sont strictement encadrés par le décret de création du parc et la charte du parc national. L’installation d’une pergola y est généralement interdite ou soumise à autorisation du directeur de l’établissement public du parc.
Les zones Natura 2000 font l’objet d’un régime spécifique d’évaluation des incidences prévu aux articles L.414-4 et suivants du Code de l’environnement. Lorsqu’une pergola est susceptible d’affecter de manière significative un site Natura 2000, le projet doit faire l’objet d’une évaluation de ses incidences au regard des objectifs de conservation du site. L’autorisation ne peut être accordée que si le projet ne porte pas atteinte à l’intégrité du site, ou en l’absence de solutions alternatives, pour des raisons impératives d’intérêt public majeur.
Cas particulier des zones soumises à des risques naturels
Dans les zones couvertes par un plan de prévention des risques naturels (PPRN), des restrictions supplémentaires peuvent s’appliquer. Par exemple, dans les zones inondables, les pergolas fermées peuvent être interdites si elles constituent un obstacle à l’écoulement des eaux. La Cour administrative d’appel de Lyon, dans un arrêt du 14 mai 2019 (n°17LY03240), a confirmé la légalité d’un refus d’autorisation pour une pergola dans une zone rouge d’un plan de prévention des risques d’inondation (PPRI).
De même, dans les zones soumises à des risques d’incendie de forêt, les matériaux utilisés pour la construction des pergolas peuvent être réglementés pour limiter leur inflammabilité.
Vers des pergolas écologiquement responsables : concilier aménagement et protection de l’environnement
Face aux contraintes juridiques et aux enjeux environnementaux, une approche alternative se développe : celle des pergolas écologiques. Cette démarche vise à transformer un potentiel problème en une solution bénéfique pour l’environnement, tout en respectant le cadre légal.
Le choix des matériaux constitue la première dimension de cette approche. Le bois certifié FSC ou PEFC, issu de forêts gérées durablement, représente une alternative écologique aux matériaux conventionnels comme l’aluminium ou le PVC. Son bilan carbone est généralement plus favorable, et sa production génère moins de pollution. La Cour administrative d’appel de Bordeaux, dans un arrêt du 12 mars 2020 (n°18BX00142), a d’ailleurs reconnu que l’utilisation de matériaux naturels et locaux pouvait constituer un élément d’appréciation favorable lors de l’examen d’un projet en zone protégée.
La végétalisation des pergolas représente une seconde voie prometteuse. Une pergola couverte de plantes grimpantes peut créer un habitat pour la biodiversité, notamment pour les insectes pollinisateurs comme les abeilles. Elle peut également contribuer à la régulation thermique en créant des zones d’ombre qui limitent la surchauffe des bâtiments en été, réduisant ainsi les besoins en climatisation. Le Tribunal administratif de Montpellier, dans un jugement du 17 septembre 2021 (n°1906523), a validé l’installation d’une pergola végétalisée dans une zone sensible, reconnaissant sa contribution positive à la biodiversité locale.
L’intégration de systèmes de récupération des eaux pluviales représente une troisième piste. Les pergolas peuvent être équipées de gouttières et de réservoirs permettant de collecter l’eau de pluie pour l’arrosage du jardin, réduisant ainsi la consommation d’eau potable. Cette pratique s’inscrit dans l’esprit de l’article L.211-1 du Code de l’environnement qui prône une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau.
Les pergolas photovoltaïques constituent une quatrième innovation notable. En intégrant des panneaux solaires, ces structures deviennent productrices d’énergie renouvelable. L’article L.111-16 du Code de l’urbanisme facilite d’ailleurs l’installation de tels dispositifs en limitant les possibilités d’opposition des autorités locales. La loi Énergie-Climat du 8 novembre 2019 a renforcé ce cadre favorable en fixant des objectifs ambitieux de développement des énergies renouvelables.
Enfin, le démontage facile et la recyclabilité des composants représentent un dernier axe d’amélioration. Une pergola conçue selon les principes de l’écoconception peut être facilement démontée en fin de vie, et ses matériaux peuvent être réutilisés ou recyclés, limitant ainsi la production de déchets. Cette approche s’inscrit dans l’économie circulaire promue par la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire du 10 février 2020.
Incitations légales et fiscales
Le législateur a mis en place plusieurs dispositifs pour encourager ces pratiques vertueuses. Les pergolas bioclimatiques peuvent ainsi bénéficier d’un taux de TVA réduit à 5,5% lorsqu’elles contribuent à l’amélioration de la performance énergétique du logement, conformément à l’article 278-0 bis A du Code général des impôts.
Certaines collectivités territoriales proposent également des subventions pour l’installation d’équipements écologiques, y compris les pergolas végétalisées ou photovoltaïques. Ces aides locales s’inscrivent dans le cadre des politiques territoriales de développement durable prévues à l’article L.110-1 du Code de l’environnement.
Responsabilités et contentieux : analyse des litiges environnementaux liés aux pergolas
L’installation d’une pergola en méconnaissance des règles environnementales peut engendrer différentes formes de responsabilité juridique et donner lieu à un contentieux varié. L’analyse de cette jurisprudence permet de dégager les principes directeurs qui guident les juridictions dans ce domaine spécifique.
La première forme de contentieux concerne les recours en annulation dirigés contre les autorisations d’urbanisme. Les associations de protection de l’environnement, dont l’intérêt à agir est reconnu par l’article L.142-1 du Code de l’environnement, sont fréquemment à l’origine de ces recours. Le Conseil d’État, dans sa décision du 10 juin 2015 (n°386121), a précisé que ces associations peuvent invoquer la méconnaissance des règles environnementales pour contester la légalité d’une autorisation d’urbanisme, même si ces règles n’ont pas pour objet principal la protection de l’environnement.
Les voisins peuvent également contester ces autorisations s’ils justifient d’un intérêt à agir, ce qui suppose que le projet soit de nature à affecter directement les conditions d’occupation, d’utilisation ou de jouissance de leur bien, conformément à l’article L.600-1-2 du Code de l’urbanisme. La Cour administrative d’appel de Douai, dans un arrêt du 24 septembre 2020 (n°19DA00126), a reconnu l’intérêt à agir d’un voisin contre une pergola dont l’impact visuel altérait significativement la qualité paysagère dont il bénéficiait auparavant.
Un second type de contentieux relève du droit pénal de l’environnement. L’article L.173-1 du Code de l’environnement sanctionne la réalisation de travaux non autorisés dans des espaces protégés. Les peines peuvent atteindre deux ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende. Le Tribunal correctionnel de Toulon, dans un jugement du 3 février 2022, a condamné un propriétaire à une amende de 15 000 euros pour avoir construit une pergola sans autorisation dans un site classé, en retenant la circonstance aggravante de l’atteinte irréversible au milieu naturel.
Un troisième aspect concerne la responsabilité civile. Sur le fondement de l’article 1240 du Code civil, toute personne qui cause un dommage à autrui est tenue de le réparer. La Cour de cassation, dans un arrêt du 5 février 2019 (n°17-25.775), a confirmé la condamnation d’un propriétaire à indemniser son voisin pour le préjudice esthétique et la perte de valeur immobilière résultant de l’installation d’une pergola qui dénaturait un site remarquable.
Enfin, le contentieux administratif indemnitaire peut être engagé contre l’administration qui aurait illégalement délivré une autorisation d’urbanisme pour une pergola portant atteinte à l’environnement. La Cour administrative d’appel de Marseille, dans un arrêt du 15 avril 2021 (n°19MA01234), a reconnu la responsabilité d’une commune pour avoir autorisé une pergola dans une zone protégée par la loi Littoral, causant ainsi un préjudice environnemental collectif.
Mesures de police administrative et sanctions
Au-delà du contentieux judiciaire, les autorités administratives disposent de pouvoirs de police pour faire cesser les atteintes à l’environnement. Le maire, en vertu de ses pouvoirs de police de l’urbanisme (article L.480-1 et suivants du Code de l’urbanisme), peut dresser un procès-verbal d’infraction et ordonner l’interruption des travaux. Le préfet dispose de prérogatives similaires dans les espaces protégés relevant de sa compétence.
L’article L.171-7 du Code de l’environnement autorise l’autorité administrative à mettre en demeure l’intéressé de régulariser sa situation, et, en cas d’inexécution, à ordonner la suspension des travaux, la remise en état des lieux, voire à imposer une astreinte journalière jusqu’à satisfaction de la mise en demeure.
Dans les cas les plus graves, la démolition de l’ouvrage peut être ordonnée par le juge judiciaire sur le fondement de l’article L.480-14 du Code de l’urbanisme. Cette mesure drastique a été confirmée par la Cour de cassation dans un arrêt du 23 juin 2021 (n°20-13.672) concernant une pergola construite sans autorisation dans une zone protégée.
Perspectives d’évolution du droit face aux défis environnementaux contemporains
Le droit applicable aux pergolas et à leur impact environnemental s’inscrit dans une dynamique évolutive, influencée par les transformations profondes que connaît notre rapport à l’environnement. Plusieurs tendances se dessinent qui pourraient redéfinir le cadre juridique dans les années à venir.
La première tendance concerne le renforcement de la protection de la biodiversité. La Stratégie nationale pour la biodiversité 2030, adoptée en application de la Convention sur la diversité biologique, fixe des objectifs ambitieux qui pourraient se traduire par un encadrement plus strict des aménagements extérieurs, y compris les pergolas. Le principe de solidarité écologique, consacré à l’article L.110-1 du Code de l’environnement, pourrait justifier des restrictions nouvelles dans les zones identifiées comme corridors écologiques.
Une seconde évolution notable réside dans l’intégration croissante des considérations climatiques dans le droit de l’urbanisme. La loi Climat et Résilience du 22 août 2021 a introduit l’objectif de lutte contre le dérèglement climatique parmi les principes généraux du Code de l’urbanisme. Cette orientation pourrait favoriser les pergolas bioclimatiques ou végétalisées qui contribuent à l’adaptation au changement climatique, tout en renforçant les contraintes pesant sur les installations susceptibles d’aggraver les îlots de chaleur urbains.
L’émergence du contentieux climatique constitue une troisième évolution significative. L’affaire Grande-Synthe (CE, 19 novembre 2020, n°427301) a consacré l’obligation pour l’État de respecter ses engagements climatiques. Cette jurisprudence pourrait inspirer des recours contre des autorisations d’urbanisme délivrées pour des aménagements incompatibles avec les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre ou d’adaptation au changement climatique.
La numérisation des procédures d’autorisation représente une quatrième tendance. La dématérialisation des demandes d’autorisation d’urbanisme, généralisée depuis le 1er janvier 2022, pourrait s’accompagner du développement d’outils d’aide à la décision intégrant automatiquement les contraintes environnementales. Ces systèmes d’information géographique (SIG) permettraient d’identifier plus facilement les zones sensibles où l’installation de pergolas doit être particulièrement encadrée.
Enfin, l’évolution vers une approche plus incitative que répressive se dessine. Le développement des labels environnementaux pour les aménagements extérieurs, comme le label Biodivercity qui valorise les projets favorables à la biodiversité, pourrait orienter les choix des particuliers vers des solutions plus respectueuses de l’environnement. De même, l’extension des mécanismes fiscaux incitatifs pourrait encourager l’installation de pergolas écologiques.
Vers une harmonisation européenne ?
La dimension européenne ne doit pas être négligée. Le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) lancé par la Commission européenne en décembre 2019 prévoit une série de mesures qui pourraient indirectement affecter la réglementation des pergolas. La stratégie de l’UE en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030, adoptée en mai 2020, fixe notamment l’objectif de restaurer les écosystèmes dégradés dans l’ensemble de l’Union européenne.
Le principe de non-régression du droit de l’environnement, reconnu tant en droit français qu’en droit de l’Union européenne, devrait garantir que ces évolutions se traduisent par un renforcement, et non un affaiblissement, de la protection environnementale face aux aménagements extérieurs comme les pergolas.
- Renforcement probable des exigences environnementales pour les autorisations d’urbanisme
- Développement attendu des incitations fiscales pour les pergolas écologiques
- Émergence de nouveaux contentieux fondés sur les engagements climatiques
- Harmonisation progressive des normes au niveau européen
- Valorisation croissante des solutions fondées sur la nature
Recommandations pratiques pour une installation respectueuse du cadre juridique et environnemental
L’installation d’une pergola qui respecte à la fois le cadre juridique et les impératifs environnementaux nécessite une démarche méthodique et informée. Voici des recommandations concrètes pour les particuliers et les professionnels souhaitant mener à bien un tel projet.
La première étape consiste à réaliser un diagnostic juridique approfondi du terrain concerné. Il s’agit d’identifier l’ensemble des contraintes réglementaires applicables : zonage du plan local d’urbanisme, servitudes d’utilité publique, présence éventuelle d’un site protégé, etc. La consultation du certificat d’urbanisme prévu à l’article L.410-1 du Code de l’urbanisme peut fournir une première information. Pour les zones particulièrement sensibles, le recours à un avocat spécialisé en droit de l’environnement peut s’avérer judicieux pour éviter des erreurs aux conséquences coûteuses.
La seconde recommandation porte sur la conception écologique de la pergola. Privilégier des matériaux durables et locaux réduit l’empreinte environnementale du projet. Le bois issu de forêts gérées durablement présente un bilan carbone favorable. Pour les structures métalliques, l’acier recyclé ou l’aluminium recyclé sont préférables aux matériaux vierges. La norme ISO 14001 peut guider le choix des fournisseurs engagés dans une démarche de management environnemental.
La troisième recommandation concerne l’intégration paysagère de la pergola. Une conception qui respecte les caractéristiques architecturales locales et s’harmonise avec le paysage environnant a plus de chances d’être acceptée par les autorités compétentes. Dans les zones sensibles, le recours à un paysagiste-concepteur peut faciliter cette intégration. La Cour administrative d’appel de Versailles, dans un arrêt du 18 février 2021 (n°19VE03452), a validé une autorisation d’urbanisme pour une pergola dont la conception avait fait l’objet d’une étude paysagère détaillée.
La quatrième suggestion porte sur la végétalisation de la pergola. Le choix d’espèces végétales locales et non invasives contribue à la biodiversité et améliore l’acceptabilité environnementale du projet. Les plantes grimpantes comme la vigne vierge, le jasmin étoilé ou le chèvrefeuille offrent une couverture naturelle qui peut remplacer avantageusement les toitures artificielles. L’article L.350-3 du Code de l’environnement, qui protège les allées d’arbres et alignements d’arbres, témoigne de l’importance accordée par le législateur à la végétalisation des espaces.
La cinquième recommandation concerne la gestion de l’eau. L’installation d’un système de récupération des eaux pluviales peut transformer la pergola en outil de gestion durable de la ressource hydrique. Les eaux collectées peuvent servir à l’arrosage du jardin ou à d’autres usages domestiques autorisés par l’arrêté du 21 août 2008 relatif à la récupération des eaux de pluie et à leur usage à l’intérieur et à l’extérieur des bâtiments.
Une sixième recommandation porte sur l’anticipation du contentieux. Informer préalablement les voisins du projet et prendre en compte leurs observations peut prévenir des recours ultérieurs. La médiation environnementale, encouragée par l’article L.213-1 du Code de justice administrative, constitue une voie de résolution amiable des conflits potentiels.
Enfin, une dernière recommandation concerne le suivi post-installation. Documenter l’évolution de la pergola et son impact sur l’environnement local peut fournir des arguments précieux en cas de contestation. Cette documentation peut également servir de base à une démarche d’amélioration continue des pratiques.
Procédure d’autorisation : étapes clés et points de vigilance
Le parcours administratif pour l’installation d’une pergola comprend plusieurs étapes critiques :
- Déterminer le régime applicable (aucune formalité, déclaration préalable ou permis de construire) en fonction des caractéristiques du projet
- Constituer un dossier complet incluant une notice environnementale détaillée
- Consulter en amont les services instructeurs pour identifier les points sensibles
- Prévoir un délai suffisant, particulièrement dans les zones protégées où des consultations supplémentaires sont nécessaires
- Afficher l’autorisation obtenue sur le terrain conformément aux dispositions de l’article R.424-15 du Code de l’urbanisme
Le respect scrupuleux de ces recommandations ne garantit pas l’absence de tout litige, mais il réduit considérablement les risques juridiques tout en contribuant à une démarche environnementale responsable.
