Test salivaire et vices de consentement : analyse juridique des enjeux éthiques et procéduraux

La pratique des tests salivaires soulève de nombreuses questions juridiques, notamment concernant le consentement des personnes testées. À l’intersection du droit médical, du droit du travail et des libertés fondamentales, cette problématique cristallise des tensions entre impératifs de sécurité publique et respect de l’autonomie individuelle. Les vices du consentement – erreur, dol, violence – prennent une dimension particulière lorsqu’ils concernent ces prélèvements biologiques, utilisés tant pour la détection de substances psychoactives que pour des analyses génétiques. La jurisprudence récente témoigne d’une évolution des standards juridiques applicables, tandis que le cadre normatif tente de s’adapter aux innovations technologiques.

Fondements juridiques du consentement aux tests salivaires

Le consentement constitue la pierre angulaire de la licéité des tests salivaires, qu’ils soient réalisés dans un cadre médical, professionnel ou judiciaire. Le Code civil français, en son article 16-3, dispose qu' »il ne peut être porté atteinte à l’intégrité du corps humain qu’en cas de nécessité médicale pour la personne ou à titre exceptionnel dans l’intérêt thérapeutique d’autrui ». Cette disposition fondamentale est complétée par l’article 16-10 qui précise que « l’examen des caractéristiques génétiques d’une personne ne peut être entrepris qu’à des fins médicales ou de recherche scientifique ».

Le Code de la santé publique renforce ces principes en exigeant un consentement libre et éclairé préalablement à tout acte médical. L’article L.1111-4 stipule que « aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment ». Cette exigence s’applique pleinement aux tests salivaires lorsqu’ils sont réalisés dans un contexte médical.

Dans le cadre professionnel, le Code du travail encadre strictement la possibilité pour l’employeur de recourir à des tests salivaires. La jurisprudence de la Chambre sociale de la Cour de cassation a précisé que les dépistages de produits stupéfiants ne peuvent être effectués que par le médecin du travail et uniquement pour les postes où l’emprise de substances psychoactives fait peser un danger particulier pour le salarié ou les tiers.

En matière pénale, le Code de procédure pénale autorise le recours aux tests salivaires dans le cadre de la recherche d’infractions routières liées à la consommation de stupéfiants (article L.235-1 du Code de la route). Toutefois, le refus de se soumettre à ce test constitue un délit spécifique, ce qui questionne la réalité du consentement dans ce contexte.

La Convention d’Oviedo relative aux droits de l’homme et à la biomédecine, ratifiée par la France, renforce ces principes en affirmant la primauté de l’être humain sur les seuls intérêts de la société ou de la science. Son article 5 dispose que « une intervention dans le domaine de la santé ne peut être effectuée qu’après que la personne concernée y a donné son consentement libre et éclairé ».

Ces différents textes convergent vers l’exigence d’un consentement exempt de vices, condition sine qua non de la validité juridique des tests salivaires. La qualification des vices du consentement s’apprécie différemment selon le contexte de réalisation du test, ce qui complexifie considérablement l’analyse juridique.

Typologie des vices du consentement appliquée aux tests salivaires

La théorie classique des vices du consentement, telle qu’énoncée aux articles 1130 et suivants du Code civil, distingue trois catégories principales : l’erreur, le dol et la violence. Appliquée au domaine spécifique des tests salivaires, cette typologie prend une coloration particulière et soulève des problématiques inédites.

L’erreur comme vice du consentement

L’erreur constitue une représentation inexacte de la réalité qui détermine le consentement de la personne. Dans le contexte des tests salivaires, elle peut porter sur différents éléments :

  • Erreur sur la nature du test : la personne croit consentir à un simple prélèvement salivaire alors qu’il s’agit d’une analyse génétique approfondie
  • Erreur sur la finalité du test : le sujet pense que l’analyse vise uniquement à détecter une substance spécifique alors qu’elle recherche un éventail plus large de substances
  • Erreur sur les conséquences du test : méconnaissance des implications juridiques, professionnelles ou assurantielles d’un résultat positif

La jurisprudence a eu l’occasion de se prononcer sur ces questions, notamment dans un arrêt de la Cour d’appel de Paris du 18 mars 2015 qui a invalidé le consentement d’un salarié à un test salivaire, au motif que celui-ci n’avait pas été informé des conséquences potentielles d’un résultat positif sur son contrat de travail.

Le dol dans le cadre des tests salivaires

Le dol consiste en des manœuvres frauduleuses destinées à induire la personne en erreur pour obtenir son consentement. Dans le domaine des tests salivaires, il peut se manifester par :

  • La dissimulation volontaire d’informations sur la nature réelle du test
  • Des allégations mensongères sur la fiabilité du test ou l’absence de conservation des données génétiques
  • Des promesses fallacieuses quant à l’utilisation des résultats

Un arrêt du Conseil d’État du 26 novembre 2018 a ainsi annulé une procédure disciplinaire fondée sur un test salivaire positif, considérant que l’employeur avait délibérément omis d’informer le salarié de son droit de contester les résultats par une contre-expertise médicale, caractérisant ainsi un dol par réticence.

La violence comme altération du consentement

La violence, physique ou morale, constitue une contrainte exercée sur la volonté qui vicie le consentement. Dans le contexte des tests salivaires, elle peut prendre plusieurs formes :

  • Menace explicite ou implicite de sanctions professionnelles en cas de refus
  • Pression psychologique exercée par une autorité hiérarchique
  • Contrainte résultant d’un état de nécessité ou de dépendance économique
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La Cour de cassation, dans un arrêt du 5 décembre 2017, a reconnu l’existence d’une violence morale viciant le consentement d’un salarié à un test salivaire, lorsque celui-ci avait été averti qu’un refus entraînerait automatiquement une suspension de ses fonctions et une procédure disciplinaire.

Cette typologie traditionnelle des vices du consentement doit toutefois être enrichie pour appréhender pleinement les spécificités des tests salivaires. La doctrine juridique contemporaine propose ainsi d’intégrer des notions complémentaires comme le défaut d’information préalable ou l’abus de vulnérabilité, particulièrement pertinentes dans ce domaine où l’asymétrie d’information entre le professionnel et le sujet du test est souvent considérable.

Particularités du consentement selon les contextes d’utilisation

Les exigences relatives au consentement aux tests salivaires varient significativement selon le cadre dans lequel ils sont pratiqués. Cette différenciation contextuelle influence tant la forme que le fond du consentement requis, ainsi que l’appréciation des vices susceptibles de l’affecter.

Tests salivaires en milieu professionnel

Dans l’environnement de travail, les tests salivaires sont principalement utilisés pour détecter la consommation de substances psychoactives. Le Conseil d’État, dans sa décision du 5 décembre 2016, a fixé un cadre strict pour ces pratiques en précisant que « le règlement intérieur ne peut instituer un contrôle d’alcoolémie ou de consommation de stupéfiants que s’il est justifié par la nature de la tâche à accomplir et proportionné au but recherché ».

La jurisprudence sociale a progressivement établi plusieurs conditions cumulatives de validité :

  • Information préalable des instances représentatives du personnel
  • Inscription de la possibilité de tests dans le règlement intérieur
  • Limitation aux postes de sécurité ou à risques particuliers
  • Possibilité de contre-expertise médicale
  • Respect de la confidentialité des résultats

Le Défenseur des droits a émis une recommandation en date du 19 mars 2019 rappelant que « le consentement du salarié doit être recueilli de manière explicite et non équivoque » et que « le refus de se soumettre au test ne peut, à lui seul, justifier une sanction disciplinaire ».

La CNIL a par ailleurs souligné, dans sa délibération n°2020-081 du 18 juillet 2020, les enjeux spécifiques liés au traitement des données issues de ces tests, imposant des garanties supplémentaires quant à leur conservation et leur utilisation.

Tests salivaires en contexte médical et de recherche

Dans le domaine médical, le consentement aux tests salivaires s’inscrit dans le cadre général du consentement aux soins. L’article R.4127-36 du Code de la santé publique précise que « le consentement de la personne examinée ou soignée doit être recherché dans tous les cas » et que « lorsque le malade, en état d’exprimer sa volonté, refuse les investigations ou le traitement proposés, le médecin doit respecter ce refus après avoir informé le malade de ses conséquences ».

Pour les tests génétiques salivaires, l’article L.1131-1-1 du même code impose un formalisme renforcé : consentement écrit préalable, information complète sur la nature et la finalité du test, possibilité de révocation à tout moment. Le Comité consultatif national d’éthique a insisté, dans son avis n°129 du 18 septembre 2018, sur la nécessité d’un consentement particulièrement éclairé dans ce domaine, compte tenu des implications potentielles des résultats pour la personne et sa famille.

Dans le cadre de la recherche biomédicale, la loi Jardé du 5 mars 2012 a renforcé les exigences relatives au consentement, notamment en imposant une information exhaustive sur les risques prévisibles et en prévoyant des dispositions spécifiques pour les personnes vulnérables.

Tests salivaires en contexte judiciaire et administratif

En matière de sécurité routière, l’article L.235-2 du Code de la route autorise les officiers et agents de police judiciaire à procéder à des tests salivaires de dépistage de stupéfiants. Dans ce contexte, le consentement revêt un caractère particulier puisque le refus de se soumettre au test constitue un délit puni des mêmes peines que la conduite sous l’emprise de stupéfiants.

La Cour européenne des droits de l’homme, dans son arrêt Tirado Ortiz et Lozano Martin c. Espagne du 15 juin 1999, a considéré que cette contrainte indirecte ne constitue pas une atteinte disproportionnée aux droits fondamentaux, compte tenu des impératifs de sécurité publique.

Dans le cadre administratif, notamment pour l’accès à certains emplois publics ou certaines formations, les tests salivaires peuvent être imposés comme condition préalable. Le Conseil constitutionnel, dans sa décision n°2014-703 DC du 19 novembre 2014, a validé ce principe sous réserve que ces tests soient strictement nécessaires et proportionnés à l’objectif poursuivi.

Cette diversité contextuelle souligne la complexité de l’appréciation juridique du consentement aux tests salivaires et de ses vices potentiels, rendant nécessaire une analyse au cas par cas tenant compte de l’ensemble des circonstances dans lesquelles le test est proposé ou imposé.

Recours et sanctions en cas de vice du consentement

Lorsque le consentement à un test salivaire est entaché d’un vice, diverses voies de recours s’offrent à la personne concernée, tandis que l’auteur de l’atteinte s’expose à des sanctions de nature et d’intensité variables selon le contexte et la gravité de l’irrégularité constatée.

Nullité du consentement et de ses effets juridiques

La sanction classique du vice du consentement est la nullité de l’acte juridique concerné. Appliquée aux tests salivaires, cette nullité entraîne l’impossibilité d’utiliser les résultats obtenus comme fondement d’une décision affectant la situation de la personne testée.

En droit du travail, la Chambre sociale de la Cour de cassation a développé une jurisprudence constante selon laquelle un licenciement fondé sur un test salivaire réalisé sans consentement valable est dépourvu de cause réelle et sérieuse (Cass. soc., 8 février 2012, n°11-10.382). Dans certains cas, la nullité peut même être prononcée lorsque le test constitue une atteinte discriminatoire ou une violation manifeste des libertés fondamentales.

En matière pénale, l’article 174 du Code de procédure pénale prévoit que les actes annulés pour vice de forme sont retirés du dossier d’instruction et qu’il est interdit d’en tirer des renseignements contre les parties. La Chambre criminelle a ainsi jugé, dans un arrêt du 3 avril 2007, qu’un test salivaire réalisé sans information préalable complète du conducteur sur ses droits devait être écarté des débats, entraînant l’annulation des poursuites engagées sur ce fondement.

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Actions en responsabilité civile et administrative

Au-delà de la nullité, la personne dont le consentement a été vicié peut engager la responsabilité civile de l’auteur de l’atteinte sur le fondement des articles 1240 et suivants du Code civil. Le préjudice indemnisable peut comprendre :

  • Le préjudice moral résultant de l’atteinte à la dignité et à l’autonomie personnelle
  • Les conséquences matérielles d’une décision défavorable fondée sur le test (perte d’emploi, refus d’assurance, etc.)
  • Le préjudice d’anxiété lié à la divulgation non consentie d’informations sensibles

Lorsque le test a été réalisé dans un cadre administratif ou par une personne publique, la victime peut saisir le juge administratif d’un recours en responsabilité. Le Conseil d’État a admis, dans un arrêt du 10 octobre 2012, qu’un test salivaire imposé sans base légale suffisante à un agent public constituait une faute de nature à engager la responsabilité de l’administration.

La CNIL peut être saisie lorsque le vice du consentement s’accompagne d’un traitement irrégulier des données personnelles issues du test. Sa délibération n°2019-057 du 9 mai 2019 a ainsi sanctionné une entreprise ayant mis en place des tests salivaires systématiques sans information préalable adéquate des salariés sur le traitement des résultats.

Sanctions pénales applicables

Dans les cas les plus graves, le défaut de consentement valable peut constituer une infraction pénale. L’article 226-25 du Code pénal punit d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende « le fait de procéder à l’examen des caractéristiques génétiques d’une personne à des fins autres que médicales ou de recherche scientifique, ou à des fins médicales ou de recherche scientifique, sans avoir recueilli préalablement son consentement ».

L’article 226-1 du même code, qui réprime les atteintes à l’intimité de la vie privée, peut également trouver à s’appliquer lorsque le test salivaire révèle des informations personnelles sans consentement valable de l’intéressé.

Pour les professionnels de santé, l’article R.4127-36 du Code de la santé publique érige en faute déontologique le fait de pratiquer un acte médical sans le consentement du patient, exposant son auteur à des sanctions disciplinaires prononcées par l’Ordre des médecins.

La jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, notamment dans l’arrêt Y.F. c. Turquie du 22 juillet 2003, a confirmé que les prélèvements biologiques non consentis peuvent constituer une violation de l’article 8 de la Convention, protégeant le droit au respect de la vie privée, ouvrant ainsi la voie à une condamnation de l’État concerné.

Ces différents mécanismes de sanction et de réparation témoignent de l’importance accordée par l’ordre juridique au respect du consentement en matière de tests salivaires, tout en révélant la diversité des approches selon le contexte et la nature des droits affectés.

Perspectives d’évolution et enjeux futurs

L’encadrement juridique des tests salivaires et la protection du consentement dans ce domaine connaissent des mutations significatives, sous l’effet conjugué des avancées technologiques, des évolutions sociétales et des influences normatives internationales. Plusieurs tendances majeures se dégagent, dessinant les contours probables des futurs développements en la matière.

Innovations technologiques et nouveaux défis juridiques

Les progrès scientifiques dans le domaine des biotechnologies permettent désormais de réaliser des tests salivaires de plus en plus sophistiqués, capables de détecter un nombre croissant de substances et de marqueurs génétiques. Cette évolution technique soulève des questions inédites quant au consentement.

Les tests salivaires de détection rapide du COVID-19, déployés massivement depuis 2020, ont mis en lumière les tensions entre impératifs de santé publique et respect des libertés individuelles. Le Comité consultatif national d’éthique, dans son avis n°131 du 19 mai 2020, a souligné la nécessité de maintenir l’exigence d’un consentement éclairé même en situation d’urgence sanitaire.

L’essor des tests génétiques salivaires proposés directement aux consommateurs (DTC genetic testing) par des entreprises privées, souvent étrangères, pose des défis particuliers en termes de consentement. La Commission européenne, dans son rapport du 12 décembre 2019 sur les tests génétiques directs au consommateur, a relevé les insuffisances des dispositifs actuels d’information et de recueil du consentement, plaidant pour un renforcement de la réglementation.

Les biotechnologies de séquençage génétique de nouvelle génération permettent désormais d’extraire d’un simple prélèvement salivaire une quantité considérable d’informations sensibles, dont certaines peuvent n’être découvertes que postérieurement au test. Cette réalité technique remet en question la notion même de consentement éclairé, puisqu’il devient impossible d’informer exhaustivement la personne sur toutes les utilisations potentielles futures de son échantillon.

Évolutions législatives et réglementaires prévisibles

Face à ces défis, plusieurs évolutions normatives se profilent. Au niveau européen, le Règlement général sur la protection des données (RGPD) a déjà renforcé les exigences relatives au consentement pour le traitement des données de santé. Son article 9 impose un consentement « explicite » pour le traitement des données génétiques, biométriques ou concernant la santé.

Le Conseil de l’Europe travaille actuellement à une mise à jour de sa recommandation sur les tests génétiques, qui devrait préciser les modalités du consentement requis pour les tests salivaires à visée génétique, en insistant sur la nécessité d’une information adaptée et compréhensible.

En droit interne français, un projet de révision des lois de bioéthique prévoit d’introduire des dispositions spécifiques concernant le consentement aux tests génétiques salivaires, notamment pour renforcer l’encadrement des tests proposés directement aux consommateurs et clarifier le statut des découvertes incidentes.

Dans le domaine du droit du travail, la Direction générale du travail a annoncé l’élaboration d’une circulaire visant à préciser les conditions dans lesquelles les employeurs peuvent recourir aux tests salivaires, en insistant sur les modalités de recueil du consentement et les garanties devant entourer ces pratiques.

Convergence des approches internationales

On observe une tendance à l’harmonisation internationale des standards relatifs au consentement aux tests salivaires, sous l’influence d’organisations comme l’UNESCO et l’OMS. La Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l’homme de l’UNESCO (1997) affirme que « la recherche, le traitement ou le diagnostic portant sur le génome d’un individu ne peuvent être réalisés qu’après une évaluation rigoureuse et préalable des risques et avantages potentiels qui leur sont liés et en conformité avec toutes autres prescriptions prévues par la législation nationale ».

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Les jurisprudences nationales tendent également à converger vers une protection renforcée du consentement. La Cour suprême du Canada, dans l’arrêt R. c. Shoker (2006), a invalidé une disposition permettant d’imposer des tests salivaires sans garanties procédurales adéquates. La Cour constitutionnelle allemande, dans sa décision du 2 mars 2010, a exigé une base légale précise pour tout prélèvement biologique, même salivaire, rappelant l’importance fondamentale du consentement libre et éclairé.

Cette convergence internationale reflète une prise de conscience collective des enjeux éthiques et juridiques liés aux tests salivaires, et suggère l’émergence progressive d’un standard global de protection du consentement dans ce domaine.

Les défis futurs concerneront principalement l’adaptation du droit à l’accélération des innovations technologiques, la conciliation entre impératifs collectifs et droits individuels, et la régulation des acteurs privés proposant des tests salivaires dans un contexte mondialisé. La notion même de consentement pourrait évoluer vers des formes plus dynamiques et interactives, mieux adaptées à la complexité croissante des tests salivaires et de leurs implications.

Vers une éthique renouvelée du consentement biologique

L’analyse des vices du consentement dans le domaine des tests salivaires nous conduit à envisager un renouvellement profond de l’approche éthique et juridique du consentement aux actes portant sur le corps humain. Cette réflexion s’inscrit dans une perspective plus large de redéfinition des rapports entre l’individu, son corps et les technologies biomédicales.

Repenser le modèle du consentement à l’ère numérique

Le paradigme traditionnel du consentement ponctuel et définitif apparaît de plus en plus inadapté face aux réalités des tests salivaires modernes. Les données génétiques extraites d’un simple prélèvement salivaire peuvent faire l’objet d’analyses répétées, révélant progressivement de nouvelles informations au fur et à mesure des avancées scientifiques. Cette réalité appelle à l’élaboration d’un modèle de « consentement dynamique » permettant à la personne de moduler son accord dans le temps.

Des initiatives comme le projet Dynamic Consent développé par l’Université d’Oxford proposent des plateformes numériques permettant aux donneurs d’échantillons biologiques de suivre l’utilisation de leurs données et de modifier leurs préférences de consentement. Cette approche pourrait constituer une réponse pertinente aux défis posés par les tests salivaires à visée génétique.

Le Comité international de bioéthique de l’UNESCO, dans son rapport du 15 septembre 2017 sur les données génétiques, a recommandé l’adoption de tels dispositifs de consentement évolutif, soulignant que « le consentement ne devrait pas être considéré comme un événement unique, mais comme un processus continu de communication ».

Vers une protection différenciée selon la sensibilité des données

Les tests salivaires peuvent révéler des informations de nature et de sensibilité très variables : présence ponctuelle de substances psychoactives, pathologies génétiques, prédispositions à certaines maladies, voire caractéristiques comportementales. Cette hétérogénéité suggère la pertinence d’une gradation des exigences relatives au consentement.

Le Groupe européen d’éthique des sciences et des nouvelles technologies a proposé, dans son avis n°28 du 20 mai 2016, une classification des tests génétiques en trois catégories selon leur impact potentiel, chacune appelant des modalités spécifiques de consentement. Cette approche différenciée pourrait être étendue à l’ensemble des tests salivaires.

La jurisprudence commence à intégrer cette logique de proportionnalité. Dans un arrêt du 13 juin 2018, la Cour de cassation a ainsi distingué les tests salivaires simples de dépistage de stupéfiants des analyses plus approfondies, considérant que les premiers pouvaient, sous certaines conditions, être réalisés par l’employeur, tandis que les secondes relevaient exclusivement du médecin du travail.

Concilier autonomie individuelle et intérêts collectifs

La tension entre respect de l’autonomie personnelle et considérations d’intérêt général constitue une problématique centrale dans l’éthique des tests salivaires. Si le principe du consentement libre et éclairé demeure fondamental, certaines situations peuvent justifier des limitations proportionnées.

La pandémie de COVID-19 a illustré cette dialectique, avec le déploiement de tests salivaires à grande échelle pour des motifs de santé publique. Le Conseil d’État, dans son ordonnance du 13 juillet 2020, a validé certaines restrictions à l’exigence de consentement préalable, tout en rappelant la nécessité de garanties procédurales adéquates.

Cette recherche d’équilibre s’observe également dans d’autres domaines. En matière de sécurité routière, le législateur a opté pour un système de consentement sous contrainte, le refus du test salivaire constituant une infraction spécifique. Cette approche a été validée par le Conseil constitutionnel dans sa décision n°2010-25 QPC du 16 septembre 2010, qui a jugé que l’atteinte portée à la liberté individuelle était justifiée par l’objectif de lutte contre l’insécurité routière et entourée de garanties suffisantes.

L’enjeu pour l’avenir sera de définir avec précision les critères permettant de justifier ces limitations au consentement, en s’inspirant notamment des principes de nécessité, d’adéquation et de proportionnalité développés par la Cour européenne des droits de l’homme.

Former et informer : conditions d’un consentement authentique

La complexité croissante des tests salivaires et de leurs implications rend l’information préalable de plus en plus difficile à délivrer de manière complète et compréhensible. Cette réalité invite à repenser les modalités d’information et de formation des personnes concernées.

Des initiatives comme les « citizen labs » développés dans plusieurs pays européens proposent des espaces de dialogue entre citoyens, scientifiques et juristes sur les enjeux des biotechnologies. Ces dispositifs participatifs pourraient contribuer à renforcer la capacité des individus à consentir de manière véritablement éclairée aux tests salivaires.

La Haute Autorité de Santé, dans ses recommandations de décembre 2018 sur l’information des patients, a souligné l’importance d’adapter les modalités d’information à la diversité des publics, en tenant compte notamment des facteurs culturels, linguistiques et cognitifs susceptibles d’affecter la compréhension.

L’éducation à la bioéthique dès le plus jeune âge constitue également une piste prometteuse. Plusieurs systèmes éducatifs, notamment au Canada et dans les pays scandinaves, ont intégré ces questions dans leurs programmes scolaires, préparant ainsi les futurs citoyens à exercer leur autonomie de manière éclairée face aux choix biomédicaux.

Cette évolution vers une éthique renouvelée du consentement biologique ne constitue pas une rupture avec les principes fondamentaux du droit des personnes, mais plutôt leur adaptation à un contexte technologique et social en mutation rapide. Elle s’inscrit dans la continuité d’une tradition juridique qui, depuis les origines, place le respect de la dignité humaine et de l’autonomie personnelle au cœur de ses préoccupations.

En définitive, l’enjeu n’est pas tant de remettre en question la nécessité du consentement aux tests salivaires que de le réinventer pour qu’il demeure une protection effective dans un environnement technologique de plus en plus complexe. Cette réinvention passe par une approche pluridisciplinaire, associant juristes, éthiciens, scientifiques et citoyens dans une réflexion collective sur les conditions d’un consentement authentique à l’ère des biotechnologies avancées.